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[Texte extrait des carnets de souvenirs de Simone
Fichet, femme de Marcel Fichet, gardien de phare de 1944 à
1976, né au phare en 1920]
Le temps du gardien de phare était partagé entre leur
service et les occupations personnelles.
Les gardiens avaient leurs bateaux à Sylvi. A la rame d’abord,
puis motorisés ensuite. Dès qu’ils avaient un
moment de liberté, ils partaient à la pêche. Lorsque
« les mouettes piquaient », laissant prévoir qu’un
banc de poissons passait là, à portée de leurs
lignes ; et le temps de partir, sortir le bateau, cinq minutes après,
ils étaient sur place.
L'avantage de ce phare de terre est d'être près de sa
famille.
Pour les femmes qui ne travaillaient pas, il était parfois
difficile de vivre dans ces maisons sombres. Elles étaient
éloignées du village et le moindre oubli les contraignaient
à refaire quatre kilomètres.
Pour vivre dans ce lieu, il faut une certaine adaptation et habitude.
Pour les enfants, le phare était un véritable terrain
de jeux. Ils ne disposaient pas de jouets mais, ils en inventaient.
Faire nager les bateaux était leur grande passion. Parfois,
glissant sur le Varech, bordant la mare où ils jouaient, ils
se retrouvaient assis dans l’eau.
Toute fête était sujet à réjouissances
où étaient conviés tous les « pharais »
: Noël, les rois, les communions, les mariages.
Une grande pièce au dessus de la soute à charbon était
disponible pour tous. Un gardien jouait de l’accordéon
et la fête se terminait par des danses où grands et petits
s’en donnaient à cœur joie.
L’été, ils vivaient dehors, bavardant assis sur
le parapet en mangeant la soupe avant d’aller dormir après
que le soleil ait disparu à l’horizon, à l’ouest,
face à leur maison.
L’électricité n’arrive au phare qu’en
1927 et avec lui, le confort.
Les taches ménagères n’étaient pas une
partie de plaisir. Pour la lessive, l’été, ils
chargeaient le linge sur les brouettes pour l’emporter au lavoir
car l’eau des citernes étaient réservée
aux machines. Par temps de pluie et de vent, la tâche était
plus ardue. Les draps gorgées d’eau étaient bien
lourdes à porter.
D'octobre à novembre, l'on fait le cidre. Faire du cidre au
phare n’était pas chose aisé. Le pressoir faisait
plusieurs fois le tour du phare pour s’abriter du vent.
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| Ci-contre
Joseph Cosron, gardien de phare avec un soldat français
en 1939. Les gardiens faisaient leur cidre, ils en avaient chacun
plusieurs tonneaux dans leur cellier. Le pressoir était
un pressoir mobile que quelqu’un amenait. Les gardiens
et les gens du sémaphore faisaient leur cidre à
tour de rôle. Bien entendu, c’était la fête.
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Il
y avait aussi les animaux : chien sans collier, vivant libres et
heureux, sans risque de se faire écraser les voitures ne
devant pas franchir la jetée, chats pêcheurs. Il faut
avoir vu un chat à l’affût près d’une
mare et attrapant d’un geste vif le poisson passant à
sa portée. Parfois, il se laissait surprendre sur un rocher
par la mer montante. Il fallait sortir un bateau et aller le secourir
car les chats ne se sauvent pas seuls. Les anciens gardiens élevaient
aussi les lapins. Pauvres lapins n’échappant non plus
aux caprices de la mer. Un jour, les cabanes furent emportées
par le flot et ils récupèrent tant bien que mal les
pauvres lapins, transportés d’urgence près de
la bonne chaleur des machines, la plupart en furent quitte pour
la peur. A ce qu’on pense. Il arrivait aussi qu’un chien
malicieux poursuive une poule qui tombait dans la mer. Rien de plus
ridicule qu’une poule dans l’eau. Et là aussi
il fallait intervenir pour sauver la naufragée.
Il y avait aussi les indésirables et inévitables rats.
Mais si malins. Pour se nourrir, ils se couchaient sur les «
flies » (chapeaux chinois) qui se décollaient du rocher
sous la chaleur des corps. Le repas était servi.
Et aussi, les nuits sans lune, les innombrables oiseaux attirés
par la vive lumière de la lanterne, tournant sans relâche
autour du phare pour venir épuisés, tomber tout autour
même à la mer.
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