À
la fin du XVIIIe siècle, la physique tout entière était
en effet dominée par Newton, c'est-à-dire par l'idée
d'attraction universelle. Selon le puissant Laplace, le système
newtonien constituait le cadre idéal de toutes les recherches
physiques. Aussi la nouvelle théorie que développa Augustin
Fresnel dans le domaine de l'optique se heurta-t-elle à de
vives résistances. Recourant à des ondulations lumineuses
et au concept d'éther, elle était radicalement différente
de la théorie corpusculaire proposée par Newton.
Né le 10 mai 1788 à Broglie en Normandie,
il est élevé dans une famille très croyante
(janséniste). Après l'École centrale de Caen,
il entre à l'École polytechnique en 1804, puis à
l'École des ponts et chaussées en 1806. L'enseignement
des mathématiques à Polytechnique est dispensé
par des professeurs aussi éminents que Monge; au contraire,
celui de physique, donné par le chimiste Hassenfratz (1755-1827),
laissait à désirer. Fresnel est d'abord nommé
en Vendée, à La Roche-sur-Yon, pour y construire des
routes; il continue d'exercer son métier d'ingénieur
à Nyons (1812). Considérant que le retour de Napoléon
de l'île d'Elbe est une «attaque contre la civilisation»,
il interrompt sa carrière d'ingénieur et, malgré
sa santé précaire, s'engage dans les forces royales
aux côtés du duc d'Angoulême. Il est fait prisonnier,
destitué de ses fonctions d'ingénieur au début
des Cents-Jours, puis réintégré dans le corps
des Ponts et Chaussées en juillet 1815 par la seconde Restauration.
C'est à partir de cette date que débute sa carrière
scientifique, jusqu'en 1824 où il travaille à la commission
des Phares et Balises, après avoir été élu
l'année précédente à l'Académie
des sciences.
Il s'éteint en 1827, victime de phtisie. Il avait 39 ans.
L'optique
Dans ce domaine particulier de la physique, il s'agit
pour Fresnel d'interpréter tous les phénomènes
optiques – aberration des étoiles, polarisation, diffraction,
double réfraction de la lumière – dans le cadre
de la théorie ondulatoire, et dans le même temps, d'asseoir
cette théorie sur des bases solides. La théorie ondulatoire
est adoptée en 1819 grâce à la publication du
mémoire, couronné, sur la diffraction; celui-ci est
le fruit de quatre années d'efforts pour rendre compte des
phénomènes de diffraction de la lumière dans
le cadre d'une théorie qui doit, selon Fresnel, conduire
à de nombreux résultats, tout en respectant une certaine
simplicité dans sa formulation. En exergue à ce mémoire,
Fresnel écrit ainsi: Natura simplex et fecunda. Dès
1815, il parvient à expliquer l'existence de franges d'interférences
alternativement claires et obscures, et de forme hyperbolique; en
1816, la nouvelle théorie permet de prévoir l'intensité
des franges; enfin, dans le mémoire couronné paru
en 1819, est formulé le fameux «principe de Fresnel»
et sont balayées les dernières objections à
la théorie ondulatoire formulées par des newtoniens
tel Poisson. Fresnel, à la demande d'Arago, entreprend également
des recherches sur le phénomène d'aberration des étoiles
découvert au XVIIIe siècle. Toutes les étoiles
subissent un même effet, lié à la fois au mouvement
annuel de la Terre sur son orbite et au mouvement progressif de
la lumière: elles semblent décrire chacune une ellipse
au cours de l'année. Cet effet d'aberration, constant pour
toutes les étoiles, conduit à supposer que le mouvement
de la lumière issue d'une étoile quelconque est uniforme,
ce qui est contraire aux conceptions de Newton pour qui les corpuscules
de lumière issues d'étoiles différentes ont
des vitesses différentes. Fresnel parvient à rendre
compte de ce phénomène en supposant l'existence d'un
éther partiellement entraîné par la Terre en
mouvement. La valeur du coefficient d'entraînement sera retrouvé
expérimentalement au milieu du siècle par Fizeau.
Ce sera l'un des points de départ du développement
qui aboutira à la relativité restreinte. Fresnel tente
ensuite une interprétation du phénomène de
polarisation de la lumière en proposant une autre hypothèse
essentielle: celle qui affirme le caractère transversal des
vibrations.
En
instrumentation optique, on appelle lentilles de Fresnel des lentilles
de faible épaisseur constituées de prismes annulaires
juxtaposés.
Après
un premier essai concluant sur l'arc de triomphe en 1821, son système
d'éclairage (huit optiques à échelons de 0,91m
de distance focale) est mis en place au phare de Cordouan en Gironde.
La première optique d'une longue série.
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